Ce 26 janvier 2008, il s'en souvient encore. « Le plus beau jour de ma vie », clame-t-il, sans hésitation. Sur le circuit boueux de Trévise en Italie, Arnaud Jouffroy était sacré champion du monde junior de cyclo-cross, en dominant un duo tchèque formé par Peter Sagan et Ludomir Petrus. Le petit monde du cyclo-cross français attendait son champion depuis des années : le dernier champion du monde tricolore de la discipline était Miguel Martinez, chez les espoirs en 1996. Illustre aîné !Des débuts en moto-cross et en BMXArnaud Jouffroy voit le jour il y a dix-neuf ans, à Senlis, sur les bords de l'Oise. Mais c'est au soleil, dans le sud de la France, qu'il grandit et vit toujours. Le cyclisme, il y arrive par hasard. Amateur de sensations fortes, c'est le moto-cross qui attire l'enfant qu'il est encore. Un amoureux des terrains difficiles, déjà. Pourtant, les choses tournent court. « L'investissement financier était trop important et hors de portée de mes moyens », concède-t-il. Arnoyo – surnom né lors de parties de PlayStation avec ses amis ! – se met alors au BMX. Arrive ensuite le VTT, théâtre de ses premiers faits d'arme. Avec une pointe de nostalgie, il remarque que « c'est là que tout a commencé ». En 2006, il est sacré champion de France et remporte la Coupe de France chez les cadets. L'histoire est en marche.
La suite est logique et s'enfile comme les perles d'un collier. Après le VTT, place au cyclo-cross, puis à la route. Le cyclo-cross, justement, il en devient accro. Défi physique intense et rapide, science de la trajectoire, agilité : Arnaud excelle. En 2007, il gagne le titre national chez les juniors et monte sur le podium des championnats d'Europe. Puis la formidable année 2008 : titres mondial et national, Coupe du monde, Challenge national.
Cycliste à plein temps depuis l'âge de dix-sept ansUne carrière chez les jeunes qui a de quoi faire tourner la tête de plus d'un. Mais Arnaud Jouffroy a la tête sur les épaules. Sa famille, qui n'avait aucune culture cycliste préalable, le soutient énormément. « Mes parents m'ont acheté mon premier vélo », se souvient le jeune homme. Sa vie sera consacrée au cyclisme, il l'a décidé. A seize ans, il fait le pari de quitter le système scolaire pour se consacrer à plein temps à sa passion dès l'âge de dix-sept ans. Prévoyant, il obtient un diplôme de technicien du cycle, afin de pouvoir ouvrir un magasin de vélos, au cas où. « On ne sait jamais ce que la vie vous réserve ; un accident est si vite arrivé. Ou pour après. »
« Après », voilà, le mot est lâché. S'il y a un après, c'est donc qu'il y aura quelque chose avant. Une carrière chez les pros, c'est l'objectif minimum. Le garçon est ambitieux et ne s'en cache pas. « Je veux être le meilleur français en cyclo-cross chez les élites d'ici trois ans. Dans cinq ans, je veux être le meilleur cyclo-crossman au monde. » Walsleben, Stybar ou Albert n'ont qu'à bien se tenir. De ses – futurs – adversaires, il avoue avoir un attachement particulier pour Niels Albert. Le style du prodige Belge plait au Français. Malgré tout, il est catégorique lorsqu'il affirme n'avoir aucune idole et pas plus de modèle.
Faire le Tour de FranceA dix-neuf ans, il a presque déjà tout gagné chez les jeunes. De quoi ouvrir des portes, dont celles de Vendée U où il vient de signer. Déjà dans l'antichambre du monde professionnel, lorsqu'on l'interroge sur la pression qui entoure souvent les pépites du cyclisme français, il affirme ne pas y penser. Son rêve ? « Durer ». S'il s'est résigné à arrêter le VTT, la route, quant à elle, il ne l'oublie pas. Bien que sa saison reste axée sur le cyclo-cross, il veut aussi y montrer de belles choses. Courir un jour le Tour de France est un objectif à long terme. Pour 2009, Vendée U ne lui a pas spécialement mis la pression, si ce n'est que certaines courses de prestige lui tiendront à c½ur, comme Paris-Roubaix espoirs. Dès qu'on quitte les sous-bois pour l'asphalte, le coureur se décrit comme complet : bon en contre-la-montre, pas mauvais quand la route s'élève, puncheur. Il pense que son excellente récupération lui permettra peut-être de jouer le général sur certaines courses.
Le titre mondial en 2010Perfectionniste, lorsque arrive le moment d'évoquer la saison de cyclo-cross qui vient de s'achever, Arnoyo n'est pas totalement satisfait. « C'était une saison correcte pour une première année chez les espoirs. J'ai quelques regrets, car je suis tombé malade en fin de saison, ce qui m'a fait passé de la quatrième à la huitième place de la Coupe du monde, puisque j'ai manqué la dernière course à Roubaix. En janvier, j'étais très fatigué et je suis tombé bêtement malade. Je m'en veux un peu. »
Les mondiaux de Hoogerheide, il en garde également un souvenir amer. Bon gré, mal gré, il a dû faire la course pour le leader désigné des espoirs français, Aurélien Duval. Il pense parfois en avoir trop fait. On ne l'y reprendra pas. L'année prochaine, il fera la course pour lui, avec comme objectif annoncé, le titre mondial de cyclo-cross chez les espoirs. En attendant les élites, bien sûr.
Propos recueillis par Charles Sitzenstuhl de
Cyclismactu.net le 26 février 2009.